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( 10 novembre, 2008 )

Historique des Rencontres

Au commencement étaient les Rencontres de Commarque, du nom du château médiéval dont les ruines ont été lentement exhumées de la forêt périgourdine et partiellement restaurées ou consolidées. L’organisation scientifique de ces Rencontres, qui avaient pris pour thème d’étude le château aux époques médiévale et moderne, reposait sur la responsabilité de deux grands historiens aujourd’hui disparus : Charles Higounet qui en fut l’initiateur, et André Chastel qui accepta de prendre le relais après la mort de Charles Higounet. Mais tous deux n’eurent guère le temps d’imprimer leur marque à ces Rencontres. En même temps, Charles Higounet était soucieux de ne point porter ombrage aux Rencontres de Flaran, encore jeunes, qui avaient besoin de trouver un itinéraire scientifique. Objectif désormais parfaitement réalisé.
André Debord, professeur d’histoire médiévale à l’Université de Caen, fut donc le successeur des fondateurs de ces Rencontres. Riche de l’expérience des colloques de Château-Gaillard, de ses campagnes de fouilles archéologiques en Charente et de la vue imprenable de son bureau, au pied du château de Najac, il eut le grand mérite de faire entrer pleinement l’archéologie dans les préoccupations scientifiques des Rencontres et de mobiliser des archéologues travaillant sur d’autres pays. Parmi eux, André Bazzana et ses châteaux en Espagne, témoins de la frontière entre chrétiens et musulmans. Le médiéviste Jean Lartigaut, venu du Lot tout proche, fin connaisseur des campagnes du Quercy à la fin de la guerre de Cent Ans, fut un membre actif de ces Rencontres. Il en fut de même de Jacques Gardelles, historien de l’art médiéval, spécialiste de l’art monumental aquitain. Sans oublier Arlette Higounet qui apporta toute la rigueur sensible de ses recherches sur la démographie et la société médiévales, notamment à Périgueux et en Périgord.

 

C’est sous la présidence d’André Debord que, pour des raisons impératives de survie scientifique et matérielle, ces Rencontres changèrent de statut, de lieu et de nom en devenant, en 1993, les Rencontres d’Archéologie et d’Histoire en Périgord. Depuis treize ans, elles se déroulent à la bibliothèque municipale de Périgueux, le dernier week-end de septembre. D’emblée, elles ont bénéficié du soutien de la municipalité, de ceux du Conseil général de la Dordogne, de la Région Aquitaine et, très vite, de la Direction Régionale des Affaires Culturelles. Autant de partenaires permettent d’assurer la tenue des Rencontres et la publication des Actes selon un rythme très soutenu : soit un laps de temps d’une année seulement entre le déroulement du colloque et la publication de ses Actes grâce à l’efficacité des éditions du centre Ausonius (CNRS) à la maison de l’archéologie de Bordeaux 3.

 

La participation du Service Régional d’Archéologie et du Service départemental d’Archéologie débuta à l’occasion du colloque Châteaux, routes et rivières en septembre 1997, et elle se continue depuis pour le plus grand profit de tous. L’idée en est venue avec la mise en place du grand chantier de l’autoroute A 89 Bordeaux-Clermont. Avec elle étaient lancées la programmation et l’organisation de fouilles de sauvetage qui n’étaient pas encore menacées d’asphyxie financière comme aujourd’hui. C’est pourquoi, depuis cette participation active des archéologues, la première matinée du colloque est réservée aux chantiers de l’année et à leurs premiers résultats, présentés ensuite dans l’ouvrage consacré au colloque. Aux côtés du chantier autoroutier, figurent d’autres fouilles régionales, notamment celles liées à la mise en place du tramway de Bordeaux et à la construction parallèle de grands parkings souterrains à proximité des quais ou du centre historique de la cité.

 

Les thèmes étudiés figurent dans le tableau téléchargeable:

Historique des Rencontres pdf listedespublications.pdf

Essai de bilan :

 

Nous retiendrons tout d’abord la prise de conscience de la richesse du sujet initial, celui du château, et de toutes ses déclinaisons possibles à l’intérieur des thèmes étudiés correspondant aux choix faits chaque année par le conseil scientifique des Rencontres. Ainsi, durant les dix dernières années (1996-2005), les actes ont mis à la disposition des chercheurs, et plus largement de tous types de lecteurs, 160 articles sur le thème du château dont une trentaine sur le Périgord, balayant toutes les périodes depuis le Xe siècle, et abordant des champs aussi variés que le château et la guerre, le château et la nature, le château et l’innovation, l’imaginaire, la ville, … ou encore le château au féminin. Finalement, au total, à considérer le contenu d’ensemble des programmes, le risque de redites d’une année sur l’autre apparaît très faible en raison d’un élargissement et d’un approfondissement continus du sujet initial.

 

Cet enrichissement progressif aurait été plus restreint s’il n’y avait eu, très tôt, le bénéfice inestimable du regard des archéologues et de leur assimilation progressive des découvertes qu’ils permettent d’interpréter et que les historiens, à leur tour, essaient d’intégrer dans leur champ de recherches. Confrontation fructueuse s’il en est : il suffit de lire ou relire tous les articles consacrés par notre collègue Tadeusz Poplewski à l’archéologie et à l’histoire des châteaux polonais au Moyen Age et à l’époque moderne pour saisir tous les éléments d’une saisie monumentale, matérielle et prosaïque qui n’est pas toujours celle que privilégient les historiens. Il en est de même des contributions d’André Bazzana, ou celles d’André Debord et Gérard Louise qui furent des guides patients pour nous familiariser avec le haut Moyen Age.

 

Ici entrent en scène les bienfaits d’une longue durée qui constitue l’ordinaire des Rencontres et un remède salutaire aux solutions de continuité des programmes, des structures de notre enseignement et de la recherche universitaire. Car le château, sous toutes ses formes, est resté d’actualité au regard de l’évolution de ses fonctions, de la multiplicité des usages qui en sont faits et du souci de conservation qu’il suscite, de plus ou moins bon gré en raison du coût des travaux et des charges d’entretien. En même temps, seule la longue durée permet de mesurer l’ampleur des décalages chronologiques entre des pays proches et même voisins s’agissant de la construction et de l’utilisation des châteaux envisagés dans la diversité de leurs formes, de leurs rôles et de leurs destins.

 

L’essentiel de cette démarche met efficacement en jeu les apports d’une pluridisciplinarité qui a été mise en oeuvre dès le début des Rencontres qui se sont tenues à Périgueux, mais qui, depuis, s’est élargie en accueillant aux côtés de la sociologie, de la géographie, de l’histoire de l’art, des spécialistes de philosophie, de littérature, de cinéma et de théâtre, sans négliger la curiosité des historiens pour des disciplines proches de la leur qu’ils abordent à leur manière : c’est ainsi que Jean-Marie Constant, historien des Temps modernes, est incontestablement devenu un spécialiste de l’Astrée…

 

Enfin, de colloque en colloque, a grandi l’intérêt pour les études de cas, toujours exemplaires en dépit d’une singularité très prégnante quand il s’agit du château au pluriel. Il se traduit par un déplacement sur le terrain, source d’évasion et de travaux pratiques. Cette formule a été adoptée à l’occasion du colloque Château et guerre, en 1998, avec une séance et une visite du château de Castelnaud, au bord de la Dordogne, et de son musée de la guerre au Moyen Age. En 1999, ce fut le tour de la forge et du château de Savignac-Lédrier pour le thème Château et innovation. En 2000, à Bonaguil, en Lot-et-Garonne, pour Château et Imaginaire. En 2001, à Périgueux, pour Château et ville. En 2002, à Marqueyssac et aux Milandes, pour Château et divertissement, puis au château de Jumilhac pour le colloque Château au féminin (2003), à Hautefort pour Le château et la nature (2004), à Montardy pour Château, livres et manuscrits (2005), à Bourdeilles pour Château et stratégies familiales. Enfin, au château de La Bourlie, à la fin de ce mois de septembre 2007.
Au plaisir certain d’un dépaysement, s’ajoute une réflexion d’ordre général sur la singularité du destin des châteaux et sur l’attention qu’il convient de porter à leur environnement. Revenir sur les lieux, n’est pas seulement jouer ou rejouer au châtelain, mais trouver sur place les réponses qu’aucune source, qu’aucun ouvrage ne contient faute de connaître le terrain ou de le reconnaître.

 

Anne-Marie Cocula, Michel Combet

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